Le café est souvent accusé de “déshydrater” en raison de la caféine qu’il contient. Cette idée, héritée d’anciennes observations, reste très répandue, notamment dans le milieu sportif. Mais cette réputation est-elle réellement justifiée ? Le café provoque-t-il une perte d’eau significative, ou peut-il au contraire participer à l’hydratation quotidienne ?
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⚙️Mécanismes supposés : la caféine, un diurétique modéré
La caféine exerce un effet diurétique léger et transitoire. Sur le plan physiologique, elle agit en bloquant les récepteurs à l’adénosine (A1 et A2A), ce qui augmente le flux sanguin rénal et diminue la réabsorption tubulaire de sodium et d’eau. Elle peut également stimuler la libération de noradrénaline et de rénine, deux hormones impliquées dans la régulation du volume hydrique [1].
Cette action se traduit par une augmentation temporaire du volume urinaire, particulièrement chez les personnes peu habituées à la caféine. Cependant, cet effet reste modéré et s’estompe rapidement chez les consommateurs réguliers, l’organisme développant une tolérance à cette stimulation rénale.
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📈Ce que montrent les données expérimentales
Une méta-analyse regroupant 16 essais cliniques (n = 452) a évalué les effets de la caféine sur la diurèse et la balance hydrique [2].
Résultat : la caféine augmente modérément le volume urinaire au repos (+16 % en moyenne), mais n’altère pas la masse corporelle, l’osmolarité plasmatique ni la balance hydrique globale. Autrement dit, la diurèse observée ne correspond pas à une perte hydrique nette.
Ces résultats sont confirmés par des études menées directement avec du café. Dans un essai randomisé, Killer et al. (2014) ont comparé la consommation de 4 tasses de café par jour (~4 mg/kg de caféine) à celle d’un même volume d’eau pendant trois jours [3]. Aucune différence n’a été observée sur la masse hydrique totale, l’osmolarité urinaire ni les électrolytes : le café hydrate aussi efficacement que l’eau dans des conditions normales de consommation.
À des doses beaucoup plus élevées, certains travaux ont cependant observé des effets mesurables sur les marqueurs d’hydratation.
Dans l’essai de Seal et al. (2017), une dose élevée de caféine, environ 6 mg par kilogramme de poids corporel (≈ 500–550 mg pour un adulte moyen) a entraîné une augmentation nette du volume urinaire, une hausse de l’excrétion de sodium et une légère diminution de l’eau corporelle totale chez des adultes habitués au café. À l’inverse, une dose plus modérée (~3 mg/kg) n’a montré aucun effet déshydratant mesurable.
Ces résultats sont cohérents avec ceux d’une étude plus récente, utilisant cette fois une dose très élevée de caféine (~800 mg), qui observe une élévation significative de l’excrétion rénale de minéraux, notamment le calcium, ainsi qu’une augmentation parallèle d’électrolytes urinaires [5]. À ces niveaux extrêmes, la perte d’eau et de minéraux devient suffisamment importante pour potentiellement perturber le bilan hydrique et contribuer à un effet diurétique marqué.
Ces résultats suggèrent que des apports extrêmes de caféine peuvent temporairement influencer certains indicateurs d’hydratation, mais ils ne reflètent pas une consommation habituelle.
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🏃♂️En contexte sportif : aucun impact sur l’hydratation ni sur la performance
La méta-analyse de Zhang et al. (2014) montre que si la caféine peut légèrement augmenter la diurèse au repos, cet effet disparaît totalement pendant l’exercice [2]. Les marqueurs de déshydratation (poids, osmolarité, volume plasmatique) restent stables, et aucune baisse de performance n’est observée.
Ce phénomène s’explique par la régulation hormonale de l’effort : l’exercice stimule la sécrétion d’hormone antidiurétique (ADH) et d’aldostérone, qui favorisent la rétention d’eau et neutralisent la diurèse induite par la caféine. Ainsi, ni la consommation de café, ni celle de caféine dans des doses usuelles, n’entraînent de perte hydrique réelle à l’effort.
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☕ En pratique : le type de café ne change rien
Les données convergent vers une même conclusion :
- le café n’est pas déshydratant.
- il peut être pris avant ou après un effort sans altérer la balance hydrique.
- Il contribue même à l’apport total en eau de la journée.
La forme du café influe certes sur la quantité totale de caféine et d’eau, mais pas sur son effet hydratant global.
Un espresso contient environ 60–80 mg de caféine pour 30 mL d’eau, tandis qu’un café allongé ou un filtre en contient davantage (jusqu’à 120–150 mg) mais sur un volume d’eau bien supérieur (150–250 mL) [6].
Résultat : le rapport caféine/eau reste stable, et le bilan hydrique global demeure équilibré. Autrement dit, un café allongé apporte plus de caféine, mais aussi plus d’eau, ce qui compense toute différence potentielle de diurèse.
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🧩Conclusion
Le café n’est pas déshydratant. Son léger effet diurétique est temporaire et sans impact sur la balance hydrique.Qu’il soit court, long ou filtré, il apporte aussi de l’eau et participe à l’hydratation quotidienne dans le cadre d’une consommation raisonnable.
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📚 Bibliographie
[1] Maughan RJ, Griffin J. Caffeine ingestion and fluid balance: a review. J Hum Nutr Diet. 2003;16(6):411–420.
[2] Zhang Y, et al. Caffeine and diuresis during rest and exercise: a meta-analysis. Int J Sport Nutr Exerc Metab. 2014;24(6):620–627.
[3] Killer SC, et al. No evidence of dehydration with moderate coffee intake. PLoS One. 2014;9(1):e84154.
[4] Seal AD, Bardis CN, Gavrieli A, Grigorakis P, Adams JD, Arnaoutis G, Kavouras SA.Coffee with high but not low caffeine content augments fluid and electrolyte excretion in humans
[5] Reuter S.E., Prasad B., Chivers P., Marks G.C., Magliano D.J., Macefield V.G. (2021). The effect of high-dose, short-term caffeine intake on renal mineral handling in healthy adults. British Journal of Clinical Pharmacology, 87(6), 2752–2761. doi:10.1111/bcp.14856
[6] Olechno E, et al. Influence of various factors on caffeine content in coffee brews. Foods. 2021;10(6):1208. doi:10.3390/foods10061208
